Bonjour à tous,
Après plusieurs semaines d’absence, nous voici enfin de retour, prêts à vous raconter nos aventures au Vietnam. Nous sommes actuellement à Cuzco, au Pérou, à 3500m d’altitude : nous avons l’impression d’être des petits vieux, tout essoufflés au moindre escalier…
Mais revenons-en au Vietnam et rattrapons un peu le retard accumulé pour cause de rythme assez trépidant mais aussi, il faut l’avouer, un peu par flemme (les vacances, c’est fait pour se reposer). Julia avait promis à Catherine un récit détaillé, alors le voici…
Le Vietnam nous laissera un souvenir assez mitigé. C’est un pays façonné par une histoire riche et complexe, un vrai creuset culturel, où l’Asie moderne côtoie celle de jadis. Il y a de nombreux sites culturels et naturels à visiter et nous en avons été ravis. Mais c’est un pays beaucoup plus occidentalisé, bruyant et touristique que le Laos et le Cambodge. En 3 semaines pour descendre d’Hanoi à Saigon, il nous a été difficile de sortir des sentiers battus et nous nous sommes malheureusement retrouvés plusieurs fois dans des excursions en grand groupe (un effet du communisme ?) et/ou mal organisées (un effet du communisme ?). Il est aussi plus difficile de nouer des relations authentiques avec les Vietnamiens : ils nous ont semblé plus intéressés, mais aussi moins serviables et honnêtes, et ont même cherché parfois à nous duper. Nous avons eu l’impression que plus nous descendions dans le Sud, plus les Vietnamiens étaient ouverts, serviables mais aussi plus commerciaux (voire vénaux).
D’ailleurs, notre arrivée à Hanoi a été un changement radical par rapport à la petite capitale de Vientiane au Laos : le temps (gris, brumeux, 10°C de moins), les bâtiments (très étroits et élevés, à croire qu’ils paient un impôt sur la largeur de leur maison) et surtout l’ambiance. Hanoi est une ville très animée, bruyante et bourdonnante, avec beaucoup de monde et de scooters dans les rues, de très nombreuses boutiques. C’est un vrai mélange entre traditions et modernité : de grands bâtiments, un dynamisme économique, mais par ailleurs des petits stands de soupe/grill improvisés sur le trottoir et de nombreux vendeurs de rue en chapeau conique colportant leur marchandise via des balances suspendues à un bâton qu’ils portent sur leurs épaules.
La vieille ville fourmille d’activité commerciale : d’ailleurs, son centre historique est composé de 36 rues qui sont autant de corporations différentes (les noms des rues correspondent à chacune d’elles : tailleurs, joaillers, calligraphes, charpentiers, etc.). Ce sont les mêmes depuis des centaines d’années.
Nous avons visité Hanoi pendant 3 jours. Nous avons vu notamment :
- Le mausolée d’Ho Chi Minh : c’est un immense monument de marbre gris élevé à la gloire du grand homme, véritable héros national qui a délivré le pays du joug de ses différents occupants. Le mausolée se trouve sur une immense esplanade (place Ba Dinh) et est entouré de slogans patriotiques géants, inscrits en rouge. Au sein de ce mausolée repose le corps d’HCM, dans un sarcophage de verre, entouré de 4 gardes immobiles en uniforme blanc. D’après le guide, ce serait le lieu de pèlerinage le plus visité au Vietnam. Il y avait donc une grande file d’attente et des consignes très strictes de sécurité. C’était assez impressionnant de voir le corps d’HCM, avec sa longue barbe blanche, tel un vieux sage, et d’observer le recueillement des Vietnamiens devant sa dépouille.
- Plusieurs pagodes dont la pagode Tran Quoc, la plus ancienne d’Hanoi (6ème siècle), d’où émerge une grande tour en briques à 9 étages symbolisant les étapes de la vie de Bouddha. Elle est située sur une presqu’île sur la rive du lac Ho Tay et est donc tout entourée d’eau. On y trouve une preuve de l’importance du culte des ancêtres au Vietnam : il y a de nombreuses photos de défunts de familles sans héritier mâle (qui n’ont donc plus d’autel familial pour vénérer les ancêtres). Ces photos sont confiées aux moines chargés de conserver leur souvenir.
Pour aller voir ce temple, nous avons traversé Hanoi à pied, passant entre 2 lacs (Truc Bach et Ho Tay), qui s’étalent en plein milieu de la ville, entourés de buildings, mais sur lesquels on peut faire du pédalo (en forme de cygne !) : une oasis de calme au milieu du tumulte ! En passant par des jardins publics, nous avons vu au sol des tracés de terrains de badminton. Albin a demandé à un Vietnamien qui avait des raquettes s’il souhaitait jouer. Il était partant, tout comme son copain. Ainsi, Albin s’est battu contre ces deux adversaires à la suite, tous deux quinquagénaires et dont l’un fumait en jouant. Ils étaient très adroits et Albin s’est malheureusement avoué vaincu, mais avec panache (félicité par ses adversaires et les spectateurs autour).
- Le musée Ho Chi Minh : situé non loin du mausolée, c’est un édifice en béton très imposant, décoré en grandes pompes (alors qu’HCM prônait l’humilité…). Il est moderne et assez original avec de nombreuses « sculptures »/ « œuvres d’art » un peu abstraites qui représentent symboliquement des périodes de la vie d’HCM. Il y a aussi une reconstitution de sa maison natale (cabane très spartiate) et des couloirs de verre parsemés d’images, de tableaux, qui reflètent les différentes époques auxquelles il a vécu (Belle Epoque, Entre-deux-guerres, …) pour mettre ses actes en perspective. Ce qui nous a intéressés, ce sont les documents écrits dont le musée est riche, notamment en français (lettres et articles de journaux écrits par HCM lui-même), qui retracent sa lutte anti-colonialiste.
- Le temple de la littérature : construit au 11ème siècle, c’est un exemple typique d’architecture traditionnelle. Il est construit tout en bois, avec des dominantes de rouge et d’or, de beaux édifices sculptés, cinq vastes cours avec une longue succession de portes et de portiques. Il est dédié à Confucius et honore les lettrés et les grands écrivains. Il abritait une université destinée à l’instruction des fils de mandarins. Dans la 3ème cours, on peut admirer 82 stèles en pierre d’au moins 2 mètres de haut, soutenues par des tortues géantes (symbole de longévité). Sur ces stèles sont gravés les noms des lauréats des concours mandarinaux qui permettaient de recruter les hauts fonctionnaires.
- Le temple Ngoc Son, sur le lac Hoan Kiem, petit lac ovale au cœur de la vieille ville d’Hanoi, entouré de beaux arbres : on atteint ce joli petit temple par un pont en bois tout rouge et très pittoresque. Dans ce temple sont gardés les restes d’une tortue géante (plus de 2m de long, 250 kg) qui daterait du 15ème siècle et serait celle de la légende du lac (elle aurait confié à un pauvre pêcheur une épée magique pour défendre le royaume contre les envahisseurs Ming).
- Le théâtre des marionnettes sur l’eau, où nous avons assisté à un spectacle, en plein après-midi. C’est un art vieux de plusieurs siècles, créé à l’origine dans le milieu rural. Ce spectacle nous a beaucoup plu : il était très beau, divertissant et typique de la culture vietnamienne. Il commence par un petit concert avec des instruments traditionnels, puis s’enchaînent de nombreuses petites scènes qui montrent la vie quotidienne des paysans et de leur famille grâce à des marionnettes, maniées avec une grande adresse. C’est très bien fait : les dragons crachent de l’eau, les chevaux sautent dans des cercles enflammés, … On peut voir à la fois les activités agricoles (cueillette des noix de coco), les rituels (cortège du génie tutélaire du village), les animaux familiers (combat de buffles, course de chevaux), les fêtes (chants folkloriques) et les légendes paysannes (danse du poisson transformé en dragon d’or).
- Et enfin, le très instructif musée d’ethnographie du Vietnam : il est issu d’une coopération franco-vietnamienne et a été inauguré par Chirac (on comprend d’où il s’est inspiré pour le quai Branly !). On y apprend que le Vietnam comprend 54 ethnies différentes réparties en 5 familles ethnolinguistiques. Les Viêts représentent plus de 86% de la population.
On peut voir dans ce musée de très nombreux objets usuels de ces peuples, costumes (on apprend entre autres la fabrication des chapeaux coniques), instruments de musique, peintures, des vitrines thématiques sur le tissage, la poterie, des reconstitutions d’habitations, de cérémonies religieuses, … Tout est très bien présenté, avec de nombreuses explications et parfois des petits films. Il y a aussi une exposition en plein air avec des reconstitutions de villages typiques, à partir de maisons originales qui ont été transportées et remontées dans le parc par les artisans des villages d’où elles proviennent. La plus impressionnante est la maison commune des Bahnars, symbole du pouvoir masculin, qui a un toit de chaume très pentu de 15 mètres de haut, et qui repose sur des pilotis.
Une visite vraiment passionnante !
Ensuite, nous avons visité la fameuse baie d’Along lors d’une excursion de 3 jours. Après 3 ou 4 heures de route depuis Hanoi (dont plus d’une demi-heure d’arrêt dans un incroyable supermarché géant de souvenirs et autres attrape-touristes…), nous sommes arrivés au port de passagers de Hon Gai. Nous nous sommes alors vraiment rendus compte que cette excursion est une gigantesque manne touristique : il y avait des dizaines voire des centaines de bateaux qui attendaient dans la baie, presque tous identiques, en bois et à moteur, mais pas de belles jonques traditionnelles avec des voiles « ailes de papillons » comme dans le film « Indochine ».
Après 20 minutes de navigation, nous avons vu émerger des flots les fameux blocs de calcaire (il y en a 2000 en tout dans la baie) de toute forme et de toute taille, sous un ciel gris, embrumé, créant une atmosphère féérique et étrange. Un paysage de toute beauté : nous ne pouvions nous arrêter de prendre des photos. Il est tout à fait légitime que ces paysages aient été classés « beauté naturelle » au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco.
Pour la petite histoire, « Along » ou « Ha Long » signifie « la descente du Dragon » : d’après la légende, celui-ci serait descendu dans la baie pour y domestiquer les courants marins. Il entailla la montagne de sa queue puis fit monter le niveau de l’eau en plongeant dans la mer. L’eau s’engouffra dans les crevasses et ne laissa apparaître que les sommets les plus élevés. En réalité, Ha Long était un immense plateau calcaire qui a été petit à petit taraudé par l’eau de pluie.
Nous avons « exploré » la « grotte de la Porte du Ciel », une grande et belle grotte pleine de stalactites et stalagmites de toutes formes, interprétées assez librement par notre guide (tête d’éléphant, crocodile, diable, vieux sage,…). Malheureusement, elle était trop aménagée pour les touristes (nombreux escaliers, lumières multicolores), ce qui lui faisait perdre de son charme. Nous avons continué à naviguer dans la baie et nous sommes arrêtés près d’un « petit port » flottant, où nous nous sommes fait accoster par des vendeurs de fruits en barque. Après un petit tour en barque à moteur sans intérêt pour voir de petites grottes peu profondes, nous avons pris des kayaks pour nous promener dans la baie et en avons profité pour tester l’eau (rafraîchissante) de la baie d’Along, d’une couleur vert foncé. Nous étions les seuls à oser nous baigner et avons beaucoup apprécié nager au milieu des blocs de calcaire.
Le bateau a encore vogué une heure et s’est arrêté au milieu de la baie pour la nuit. Le soir, nous avons été assez étonnés voire consternés par l’attitude de l’équipage. Ils se sont préparé un véritable festin, bien meilleur que le repas qu’ils nous ont servi, et l’ont dégusté sur le pont avant, devant nos yeux, accompagné de très nombreux verres d’alcool. Puis ils ont décidé de faire un karaoké toute la soirée (chansons d’amour vietnamiennes très langoureuses), ce qui a eu le mérite de faire fuir les passagers sur le pont du dessus, prenant leur mal en patience…
Le lendemain, le bateau nous a déposé sur l’île de Cat Ba, la plus grande de la baie, pour découvrir le parc naturel de l’île, sensé être particulièrement beau et sauvage. Mais nous n’en avons pas vu grand-chose… Nous avons fait un « trek » d’1h30 aller-retour, en même temps que l’équivalent de 2 gros bus de touristes, pour grimper en haut d’un mont. Ca permettait effectivement d’avoir une assez belle vue d’ensemble sur le parc, mais nous n’avons pas profité du tout de la promenade : trop de monde, des pentes glissantes, des escaliers et des rampes rongés par la rouille voire hors d’usage. Un périple dangereux pour 5 minutes de belle vue avant de redescendre…
L’après-midi, un bateau nous a emmenés à « l’île des singes », appelée ainsi en raison des nombreux petits primates gris, plutôt agressifs, qui attendent sur la plage de sable blanc que les touristes leur donnent à manger (ou de leur voler de la nourriture…). Nous en avons vu boire des canettes (même de bière !) mais aussi grimper sur le dos et griffer une touriste croyant qu’elle avait de la nourriture dans la main, ce qui était dangereux étant donné le risque de maladie. L’eau étant sale et froide, nous ne nous sommes pas baignés mais avons escaladé un gros bloc de calcaire entouré de forêt pour avoir un beau point de vue sur l’île et ses environs.
Le soir, nous nous sommes promenés dans les rues sans intérêt de la très touristique et laide ville de Cat Ba, avec ses nombreux hôtels particulièrement étroits et tout en hauteur et sa myriade de marchands de perles. Nous avons été étonnés par les limules (ou « crabes Sam »), qu’on pouvait voir dans des aquariums devant les restaurants. Ce sont de gros crabes avec une carapace verte qui ressemble à un casque futuriste, et avec une longue et fine queue qui traîne à l’arrière comme une antenne. Apparemment les Vietnamiens et les Chinois en raffolent, mais nous n’y avons pas goûté.
Après Hanoi et ses environs, nous sommes partis en bus de nuit (particulièrement inconfortable) à Hué, l’ancienne ville impériale, située au centre du Vietnam et qui s’étend au bord de la rivière des Parfums. Cette ville est inscrite au Patrimoine Mondial de l’Humanité pour sa citadelle et ses tombeaux impériaux aux environs. C’est une ville paisible, culturelle, capitale du pays sous la dynastie des Nguyen (13 empereurs, de 1802 à 1945).
Nous avons visité la cité impériale (malheureusement sous la bruine), seul exemple d’une ville impériale du Vietnam existant encore aujourd’hui. Construite au début du 19ème siècle par Gia Long, le fondateur de la dynastie Nguyen, elle s’inspire beaucoup de l’architecture des palais impériaux chinois. Nous avons apprécié les jolis bâtiments en bois ouvragé et laqué, aux dominantes de rouge et or, notamment le palais du trône avec son toit de tuiles patinées, sa charpente finement sculptée et sa salle aux 80 colonnes peintes de dragons et autres motifs mythologiques. Malheureusement, de nombreux bâtiments ont été détruits par l’offensive du Têt en 1968, ce qui donne parfois une impression de terrain vague. Mais nous avons aimé nous promener dans les jardins agrémentés de kiosques colorés et de buissons en forme de tortues géantes.
Nous avons également eu un aperçu des environs de Hué par une excursion d’une journée à bord d’un bateau à moteur agrémenté de 2 têtes de dragon à l’avant. Nous sommes passés à la pagode bouddhiste de Thien Mu avec sa tour octogonale de 7 étages qui représentent les 7 réincarnations de Bouddha. Notre guide nous a alors appris qu’il n’y a que 5 millions de Bouddhistes au Vietnam, le reste de la population vénérant les esprits et vouant un culte aux ancêtres. Puis nous avons assisté à une démonstration de Kung Fu : des apprentis et leur maître nous ont montré leurs talents, en se battant, en faisant des chorégraphies impressionnantes, en cassant des briques avec le tranchant de la main, et enfin – clou du spectacle – en appuyant tout leur poids sur une lance pointue posée à même la gorge pour la faire plier. Incroyable !
Enfin, nous avons visité trois mausolées impériaux. Ce sont de vraies « résidences » à la campagne, parfois de plusieurs hectares, construites pour le bien-être des empereurs dans l’au-delà, des palais luxueux élaborés selon des études de géomanciens pour être en harmonie avec la nature, et entourés de paysages verdoyants. Dans tous les mausolées, on trouve une vaste esplanade avec des statues de mandarins et leurs montures (éléphants et chevaux), une stèle racontant la vie de l’empereur, un temple dédié et un tombeau dans son enclos. Ils sont souvent entourés de beaux arbres et de plans d’eau artificiels (étangs, canaux).
Nous avons également profité de notre passage à Hué pour tester la fameuse cuisine impériale, très réputée (pour les routards : restaurant Y Thao Garden, au sein de l’enceinte de la cité impériale). C’était, pour 12$, un vrai repas gastronomique, avec 8 plats, un régal pour les yeux comme pour l’estomac. Par exemple, en entrée, nous avons eu le droit à de délicieux mini-nems piqués sur un ananas qui représentait le corps d’un paon dont la tête et la queue étaient formées de carottes très finement ciselées.
Après Hué, nous nous sommes dirigés vers Hoi An, à 4 heures de route. C’est une ville charmante avec des édifices de caractère, restaurés avec goût. Le centre historique est réservé aux piétons, ce qui est très pratique. On y sent un mélange de différentes influences asiatiques, notamment une forte empreinte chinoise (de nombreux Chinois se sont réfugiés à Hoi An lorsque la dynastie Ming a été renversée par les Mandchous). On y voit de nombreuses maisons basses aux façades colorées (surtout en jaune moutarde) et aux balcons en bois, ainsi qu’une multitude lampions colorés dans les rues : un spectacle féérique lorsque la nuit tombe. Malheureusement, cette ville paraît un peu artificielle, à but touristique uniquement, car composée en majorité de lieux à visiter, boutiques et restaurants.
Il y a donc de nombreux édifices à visiter dans le centre historique : des maisons de la communauté chinoise avec leurs autels pour les génies protecteurs et leurs spirales géantes d’encens pendues au plafond, de petits musées, des demeures traditionnelles avec leurs chapelles dédiées au culte des ancêtres, et enfin le pont japonais, symbole de la ville. Construit à la fin du 16ème siècle, ce joli (petit) pont de bois, en dos d’âne, de 20m de long, est recouvert d’un toit de tuiles jaunes et vertes. A l’intérieur, on peut voir un pagodon dédié à des personnages de légende, et, à chaque extrémité, un couple de singes et de chiens (car la construction du pont aurait commencé l’année du singe pour se terminer celle du chien). La légende le dit indestructible car il a échappé à un incendie qui détruisit le quartier japonais après une épidémie de peste et, plus récemment, à une inondation.
Non loin de Hoi An, nous sommes allés voir les ruines du site de My Son : c’est le site archéologique le plus important du royaume de Champa et de la civilisation cham (peuple de marins et de pêcheurs du centre du Vietnam, originaire de Malaysie, civilisation qui dura du 2ème au 15ème siècle). Il fut créé à la fin du 4ème siècle et devint petit à petit le centre religieux et politique des Chams. Malheureusement, à cause des bombardements de la guerre du Vietnam, il ne reste plus beaucoup de tours et de temples debouts. Mais le site, dans une cuvette entourée de collines, vaut le coup d’œil pour son environnement. Les édifices sont construits en briques faites à partir d’un mélange de terre rouge-orangé et d’huile. On y trouve vraiment de fortes influences indiennes (dieux hindous, lingams géants, …), avec des statues de divinités, des fenêtres avec des colonnes sculptées.
Nous avons continué vers le Sud et sommes passés brièvement à Nha Trang, la plus grande station balnéaire du Vietnam. C’est une ville particulièrement touristique qui ne nous a pas beaucoup plu. Par exemple, le matin, en prenant notre petit déjeuner en terrasse, nous nous sommes fait accoster 6 fois en ½ heure par des marchands ambulants. Le manager de notre hôtel a essayé de nous duper sur les tickets de bus en se faisant l’intermédiaire avec la compagnie de bus et en souhaitant une belle commission au passage.
Il y a de grands buildings sans âme en face de la plage, de nombreux hôtels et une myriade de restaurants qui appliquent tous les tarifs « bord de mer ». Pour les routards, mention spéciale toutefois pour le restaurant français « Le Petit Bistrot » où nous avons retrouvé les saveurs culinaires françaises qui commençaient à nous manquer, en dégustant, sous une tonnelle, un plateau de charcuterie/fromage, du bœuf bourguignon et une bonne bouteille de vin.
En face de Nha Trang se trouvent de nombreuses îles, plus ou moins aménagées. L’île de Tre, la plus grande et la plus proche du rivage (3 km) est exploitée par les Chinois qui y ont bâti un grand casino. Tenez-vous bien : pour faciliter la visite des clients du casino, ils ont construit un gigantesque téléphérique qui relie l’île au continent ! Incroyable !
Nous avons fait une petite excursion en bateau pour approcher quelques-unes de ces îles (Mieu, Mun et Tam). Nous avons visité un « bateau-aquarium » tout en béton (un peu kitsch) où nous avons notamment observé de près des tortues, requins, poissons-lions, et d’énormes murènes et mérous. Nous en avons aussi profité pour faire un peu de plongée masque-tuba près d’une barrière de corail mais l’eau était malheureusement fraîche et un peu trouble. Contrairement à notre mauvaise expérience de la baie d’Along, l’équipage était très sympathique : le repas était copieux (et arrosé si on le souhaitait), et deux membres de l’équipage l’ont accompagné de leurs mélodies de guitare et de leurs chants (en anglais SVP, tous les classiques des années 70 !). Il régnait une très bonne ambiance sur ce bateau.
Toujours en continuant vers le Sud, en longeant le littoral, nous sommes arrivés à Mui Ne, petite station balnéaire (mais tout en longueur) bien plus tranquille que Nha Trang et spécialisée dans le kite-surfing (pour les novices : surf avec un cerf-volant) en raison des vents agités qui soufflent sur la baie. Pour les routards qui y passeraient, une très bonne adresse pour dormir à moindre frais tout près de la mer : Xuan-Uyen, guesthouse familiale qui offre des bungalows simples mais tout en bordure de plage. Nous nous y sommes détendus plusieurs jours et avons pris un cours de planche à voile à défaut d’essayer le kite surf, beaucoup trop onéreux bien qu’on soit au Vietnam. Il s’agissait surtout de trouver notre équilibre en évitant de tomber à l’eau où nous attendaient des méduses 4 fois plus grosses qu’en Méditerranée…
Nous avons également loué un scooter pour visiter librement les environs. Sur la route, nous sommes passés devant plusieurs fabriques de nuoc mam, saumure de poisson, spécialité de la région. Nous nous sommes d’abord promenés sur 2-3 km dans le lit de la « rivière enchantée », rivière aménagée au fond de sable et au niveau d’eau très bas, ce qui permet d’y marcher tout en se rafraîchissant les pieds et les chevilles, jusqu’à une petite chute d’eau à proximité de cocoteraies. Cette rivière serpente entre les dunes blanches et les dunes rouges, ravinées par le ruissellement des eaux. Un paysage vraiment magique : on aurait dit un mini-canyon. Nous avons fait le chemin du retour en haut des dunes, pour admirer la vue sur la rivière entourée de ces petites falaises orangées et la vue sur la mer, à l’horizon, et avons joué aux cabris dans les dunes (enfin surtout Albin) sous un soleil de plomb. Nous sommes passés devant un « ranch de l’autruche » où un cowboy vietnamien nous a proposé d’en chevaucher une (aux plumes tout abîmées par la selle, et en piteux état général), ce que nous nous sommes empressés de refuser.
Nous nous sommes dirigés ensuite vers le petit port de pêche de Mui Ne qui offre une vue magnifique sur une multitude de bateaux de pêche bariolés sur fond bleu azur. Nous y avons vu des embarcations artisanales, petites et toutes rondes, en bambou tressé, sur lesquelles on navigue à l’aide d’une seule rame. Enfin, nous nous sommes rendus aux dunes de Mui Ne, ensemble de superbes dunes de sable orangé qui donnent l’impression de se trouver en Afrique du Nord. Des enfants nous ont proposé de faire de la luge grâce à de grands rectangles de plastique tenus par des bouts de ficelle. Nous avons essayé par nous-mêmes sans parvenir à bouger. Car la descente en luge des sables requiert une technique particulière qu’il nous a fallu apprendre : il faut creuser dans le sol pour en extraire du sable humide qu’on jette sur la pente sur laquelle on s’apprête à glisser. Nous avons ainsi pu faire quelques descentes, mais on était loin des sensations fortes…
Nous avons fini notre périple au Vietnam par Saigon (enfin officiellement « Ho Chi Minh City »). A notre arrivée dans cette mégalopole, nous avons compris pourquoi il s’agit du centre économique du pays : buildings et magasins à perte de vue, millions de scooters (incroyable, bien pire qu’à Hanoi, une vraie marée qui impressionne vraiment lorsqu’on essaie de traverser…), mais aussi énormément de monde dans les rues et de très nombreuses illuminations (notamment à l’occasion de Noël).
La veille de Noël, nous avons dîné aux « 3 gourmands », le restaurant gastronomique de Gils (connaissance d’Albin, ancien restaurateur de Sophia-Antipolis) et avons goûté au meilleur repas de Noël de notre vie (désolés pour nos mamans et papas cuisiniers) dans un jardin tropical. Quelques exemples du menu : œufs brouillés à la truffe, nem de foie gras, écrevisse sauce vanille, civet de chevreuil… Après ce festin, nous sommes sortis boire un verre dans le quartier très « animé » des routards où se situait notre hôtel, et nous nous sommes retrouvés entourés de morues (étal ambulant de morues séchées devant le bar, et filles de joies non loin de là). Un Noël très atypique, loin du traditionnel repas familial près du sapin !
Notre journée de Noël a également été étrange. Nous nous sommes promenés dans Saigon, dans les rues très bruyantes et pleines de circulation, dans les marchés, le long de ses longues et larges avenues, observant cette ville tropicale, entreprenante, marchande, frénétique voire indisciplinée. Nous nous sommes arrêtés au musée des « vestiges de la guerre » (ou plutôt des crimes de guerre américains pendant la guerre du Vietnam). Ce musée a véritablement pour but de dénoncer les atrocités, la barbarie de l’armée américaine. On y apprend donc quelques éléments sur la guerre (sa longue durée – 1959-1975 – ses grandes étapes, son déploiement, qui est comparé à ceux de la guerre de Corée et à la 2nde guerre mondiale – pour information, le Vietnam a reçu pendant cette guerre près de 14 millions de tonnes de bombes sur son sol, soit 7 fois plus que la quantité larguée pendant la 2nde guerre mondiale) mais le point de vue officiel vietnamien est très partial (rien sur les crimes de guerre des Vietcongs) et peu de commentaires accompagnent les images et les objets. Ce fut une visite assez éprouvante car on y montre des documents très durs et des images horribles de la guerre (tortures, mutilations, témoignages de destructions, photos d’enfants difformes à cause de l’agent orange et de tous les produits toxiques déversés par les Américains, …). Joyeux Noël !
Nous avons continué notre ballade en nous rendant sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame, qui n’a rien à voir avec celle de Paris, même si c’est un monument typiquement français : elle ressemble à une grande église de province, en pierres et briques roses-rouges, coiffée de 2 clochers carrés et de flèches de 40m de haut. De l’autre côté de la rue, nous avons pu admirer la poste centrale, construite à la fin du 19ème siècle par Eiffel, et qui ressemble à une gare. Elle abrite une immense charpente métallique et une verrière qui font très Belle Epoque, Exposition Universelle.
Avant de quitter le Vietnam, nous avons eu envie de découvrir un peu le delta du Mékong, région la plus fertile du pays. C’est une immense plaine, traversée par les 9 bras du Mékong, quadrillée par des canaux verdoyants, des rizières, des jardins fruitiers, des îles et des villages qui vivent au rythme des pulsations du grand fleuve. Malheureusement, notre excursion de 2 jours s’est avérée décevante car nous avons passé la moitié du temps dans le bus et que le parcours emprunté était beaucoup trop touristique : centaine de touristes visitant les mêmes îles que nous, nombreux magasins, très brèves visites de sites de production artisanale dans l’unique but de nous faire acheter les produits finis, trajet en carriole tirée par une pauvre mule efflanquée, dîner et nuit « chez l’habitant » mais avec une vingtaine d’autres touristes (autant dire que l’intimité, les échanges avec nos hôtes ont été très restreints…). Nous avons quand même eu l’occasion de nous rendre sur des îles typiques du Mékong avec leurs canaux et vergers de fruits tropicaux, d’observer la fabrication des bonbons à la noix de coco, des crêpes et des nouilles de riz, de voir un marché flottant où les étals géants mono-produits sont les bateaux eux-mêmes, et enfin de goûter des rouleaux de printemps maison.
Nous avons donc vu et appris beaucoup de choses en 3 semaines, dans une ambiance plus ou moins agréable, et garderons en mémoire la richesse historique et culturelle de ce pays. Néanmoins, après la frénésie asiatique, nous étions contents de quitter ce continent pour la Nouvelle-Zélande, où nous pourrions admirer dans le calme des paysages spectaculaires, sauvages et préservés. La suite au prochain épisode…












