Bonjour à tous,
Nous sommes actuellement en Argentine, à Buenos Aires, ville animée, ville à vivre plutôt qu’à visiter. C’est une très grande cité, pas particulièrement belle, mais où il fait bon se promener et sortir. Nous avons profité de ce séjour pour prendre nos premiers cours de tango, dans des milongas (salles de bal) traditionnelles où Argentins et étrangers se mêlent dans un tourbillon rythmé et sensuel. Une très bonne expérience, que nous essayerons de reproduire à Paris.
De manière générale, nous apprécions beaucoup l’Argentine pour ses grands espaces, ses paysages variés, et la convivialité, l’accueil chaleureux des Argentins. Les gens sont très détendus, prennent le temps de vivre (et de faire la sieste : en dehors de Buenos Aires, les magasins et musées sont généralement fermés entre 14h et 18h). Cela a néanmoins quelques revers : un certain laxisme dans les horaires, dans la qualité des prestations touristiques, une désorganisation, beaucoup d’attente pour tout (transports, restaurants, magasins, poste, …).
Il fait généralement très beau, des températures douces, un temps très ensoleillé mais pas trop humide, trop lourd. Nous découvrons avec plaisir la gastronomie argentine : bons vins, bonne viande à la parrilla, humitas (spécialité à base de maïs et fromage de chèvre), empanadas (chaussons fourrés - à la viande, aux épinards, au fromage,...), pizzas, pâtes, glaces (tradition italienne), et le fameux dulce de leche (sorte de confiture de lait déclinée en de nombreuses pâtisseries)...
Globalement, c’est un pays où l’on se sent en vacances, et nous avons du mal à réaliser que celles-ci prennent fin dans moins de 2 semaines… Ce périple de 6 mois est passé trop vite.
Nous décrirons en détails notre périple en Argentine (et notre passage au Chili) plus tard.
En bref, après avoir traversé les Andes par la route de Santiago à Mendoza, nous avons remonté en premier lieu la frontière ouest de l'Argentine, en longeant les Andes, jusqu’à Salta, pendant 2-3 semaines. C'est d’abord une belle région viticole avec des oliviers, des platanes et même parfois de la lavande, qui nous fait un peu penser à la Provence ; puis (en remontant vers le Nord) une région montagneuse. Nous avons ainsi visité plusieurs gorges incroyables (canyons avec plein de cactus, rougeâtres ou multicolores), ainsi que les grandes salines, au Nord de Salta, très impressionnantes.
Nous avons passé ensuite une semaine en Patagonie. D’abord à El Calafate, où nous avons fait du cheval dans la pampa et marché en crampons sur un gigantesque glacier, le Perito Moreno, aux reflets bleutés. Puis à El Chalten, où nous avons randonné près de monts enneigés (tels le Fitz Roy) et de lacs où flottent des icebergs.
Après Buenos Aires, nous partirons dans le Nord-Ouest, près de la frontière brésilienne, admirer les gigantesques chutes d’Iguazu et la forêt amazonienne. Le retour à la réalité de nos vies parisiennes risque d’être difficile…
Sinon, nous voulions rattraper un peu notre retard et partager nos aventures au Pérou, de mi-janvier à début février.
Le Pérou, notre premier pays d’Amérique du Sud, présenta un grand changement par rapport à la Nouvelle-Zélande. Celui-ci aurait probablement été moins radical si nous avions commencé par la capitale Lima, mais nous avons décidé de découvrir en priorité Cuzco et ses environs (où nous sommes restés près de 2 semaines). Nous avons beaucoup apprécié le dépaysement offert par ce pays, à la fois en termes d’environnement et de culture.
Changement en termes de paysages d’abord : les Andes sont très différentes des montagnes néo-zélandaises. On y trouve des monts « torturés », des rivières et fleuves impétueux, des plateaux immenses recouverts de végétation, des vallées fertiles parsemées de villes coloniales à l’architecture hispanique, construites avec les pierres des édifices incas.
Changement culturel ensuite : c’est une région peu occidentalisée, berceau de la civilisation inca. Nous avons admiré de nombreuses ruines et appris quelques éléments sur cette grande civilisation disparue. Les Péruviens des alentours de Cuzco sont pour la majorité d’origine quechua. C’est un des endroits d’Amérique du Sud où il y a eu le moins de brassage de la population. Les habitants ont donc conservé de nombreuses traditions ancestrales, à la fois dans leurs vêtements, leur artisanat, leurs coutumes, qu’il est très intéressant d’observer. Ils sont très typés : petits, peau mate, nez arqué. Leurs vêtements sont colorés, ils sont nombreux à utiliser notamment des draps de coton épais (roses, jaunes, verts vifs) pour porter des charges lourdes, et on peut voir beaucoup de femmes avec de petits chapeaux melons caractéristiques.
Enfin, (et malheureusement), changement en termes de relations avec la population : nous n’avons eu que des rapports distants avec les Péruviens, n’avons pas pu tisser de liens, principalement en raison de la barrière de la langue (nous ne parlons que 3 mots d’espagnol, et eux-mêmes parlent très peu anglais, même dans les lieux touristiques). Nous avons donc échangé principalement sur des sujets de première nécessité (sauf pendant notre trek sur le chemin des Incas, décrit plus tard).
Nous sommes arrivés à Cuzco le 21 janvier, après presque 48h de transport depuis la Nouvelle-Zélande (long vol pour traverser le Pacifique plus escales de plusieurs heures à Santiago et à Lima). C’est une ville qui nous a particulièrement plu. Nous avons survolé les Andes parsemées de neige avant de l’atteindre. Cuzco est une ville très étalée (350 000 habitants), construite au milieu d’une vallée verdoyante et sur les flancs de collines (d’où des rues qui grimpent facilement dès qu’on s’éloigne du centre), et entourée de nombreux champs, qui forment un véritable patchwork de jaunes et de verts depuis l’avion.
Ancien cœur de l’empire inca, Cuzco se situe à mi-chemin entre les traditions andines séculaires (influences quechuas) et la vie moderne péruvienne (influences européennes, espagnoles). C’est une splendeur coloniale construite sur les fondations massives des ruines des édifices incas. On y trouve des ruelles pavées, de jolies places, de très beaux bâtiments coloniaux, notamment de nombreuses églises et la gigantesque cathédrale (100 ans de construction) sur la grande « Plaza del Armas ». Celle-ci est entourée d’arcades et de demeures blanches aux balcons de bois colorés. Au milieu flotte le drapeau multicolore de « l’arco iris » (arc-en-ciel), symbole sacré pour les Incas.
Cuzco serait la plus vieille cité qui ait été habitée (de façon continue) en Amérique du Sud. Une légende quechua dit qu’au 12ème siècle, le 1er empereur inca, Manco Capac, a été chargé par le dieu du soleil, Inti, de trouver une terre pour s’établir : ce serait à l’endroit où son bâton sacré (appelé «navette de la terre » - en quechua : « qosq’o »), donné par le dieu, s’enfoncerait dans la terre, et ce fut à Cuzco. Du 13ème au 16ème siècle, avant l’arrivée des Espagnols, se sont succédés une douzaine d’empereurs incas qui ont fait de cette ville leur capitale et ont étendu l’Empire Inca jusqu’au Chili, en Bolivie et en Équateur. Le plus connu fut le 9ème, Pachacuteq, héros de guerre et fin stratège (il a tissé de nombreuses alliances pour dominer et étendre son influence sans se battre) mais aussi urbaniste de génie : il a donné à la ville sa forme de puma (animal sacré pour les Incas) et a modifié le cours des rivières pour qu’elles traversent la ville. Les conquistadors sont arrivés au début du 16ème siècle au Pérou, et, après avoir tué le 12ème empereur, Pizarro a envahi Cuzco en 1533. Après quelques rebellions incas, maîtrisées, la ville est restée tranquille et les conquistadors ont établi leur capitale à Lima. C’est la découverte du Machu Picchu au début du 20ème siècle qui a bouleversé le rythme indolent de la cité et lui a redonné de l’importance (économique).
C’est aussi une ville d’altitude (3 300m). A notre arrivée, nous avons senti tout suite le climat de montagne (15°C la journée, 6-8 °C la nuit – sans chauffage à l’hôtel – d’où nuit en pull avec 4 couvertures…) et la raréfaction de l’oxygène : gorge sèche, difficultés à respirer, fatigue au moindre effort (nous avions l’impression d’être des petits vieux, tout essoufflés après avoir grimpé un escalier). Le temps était plutôt gris, et pluvieux par moments : nous étions dans la période dite de « l’hiver bolivien» où il fait doux par rapport au reste de l’année mais où les nuages et la pluie sont très courants.
Pour les routards, nous conseillons le petit hôtel sans prétention où nous avons séjourné pendant une dizaine de jours : hôtel El Sol sur la Place San Francisco (n° 162). Les chambres ne sont pas très grandes ni très bien entretenues, mais elles ont une SDB, la TV et ne sont pas chères (négociation à 40 pesos la nuit). Le personnel est très sympathique et l’hôtel est bien situé (pas loin de la place centrale et entouré de restos à prix raisonnables).
Les premiers jours de note arrivée, nous nous sommes beaucoup reposés pour nous acclimater à l’altitude et en raison de la fatigue liée au décalage horaire. Nous nous sommes promenés dans la ville et avons fait quelques achats pour préparer le trek du « chemin des Incas » : bâtons de marche (pour mieux aborder les nombreuses marches de pierres irrégulières), pulls en alpaga (pour nous tenir chaud en haut des monts exposés au vent) et surtout feuilles de coca à la saveur amère, déclinées de plusieurs manières (à rouler et sucer, en infusion, bonbons, gâteaux secs), pour lutter contre le « mal des montagnes » (maux de tête sévères, difficultés à respirer, moindre résistance à l’effort).
Nous avons également profité de ces quelques jours pour goûter aux spécialités locales, notamment lors de menus du jour, très économiques, qui consistent en une petite entrée, une soupe et un plat copieux (de quoi être largement rassasiés). Quelques exemples : soupes d’avocat, de maïs, de quinoa (céréale traditionnelle des Andes), à la criolla (vermicelles et oeufs), risotto de quinoa, steak d’alpaga (goût entre le poulet et le bœuf), ceviche (poisson ou fruits de mer marinés dans du jus de citron, servis froid en salade avec différents aromates finement ciselés – oignons, persil…), et…cochon d’Inde ! (goût un peu fumé comme le cochon mais en beaucoup moins gras, chair tendre, légère comme le lapin, mais beaucoup moins sèche).
La fin du mois de janvier a donc été l’occasion de notre 2ème randonnée de plusieurs jours (après le Kepler track en Nouvelle-Zélande) : le trek du chemin des Incas. C’est la randonnée la plus célèbre d’Amérique du Sud. D’une longueur de 43km, elle suit sur une partie le chemin emprunté à l’époque par les Incas pour aller de Cuzco au Machu Picchu. C’est une randonnée assez difficile bien que courte car il y a de nombreuses montées et descentes, trois cols à passer (dont un à 4200m très exposé au vent), une raréfaction de l’oxygène avec l’altitude et des milliers de marches, très hautes et inégales. De plus nous portions un gros sac à dos rempli d’affaires chaudes pour 4 jours. L’itinéraire initial a été modifié le 3ème jour : nous ne pouvions camper au-dessus du Machu Picchu à cause de risques d’éboulements. Nous avons donc dû descendre jusqu’à la petite ville touristique d’Aguas Calientes pour y passer la nuit (soit 24km quasi-uniquement de descente, un bonheur pour les genoux et les mollets, surtout pour une 3ème journée de marche. Julia a d’ailleurs dû « se droguer » aux antidouleurs et anti-inflammatoires pour finir le trek, et gambadait alors gaiement…)
Enfin, c’était la saison des pluies, donc le sol était glissant, il y avait de la boue dans les sites de camping, il faisait froid surtout la nuit (cela faisait longtemps que nous n’avions pas dormi aussi collés-serrés toute une nuit, pour nous tenir chaud). Nous étions tout le temps trempés (nos affaires ne séchaient pas la nuit dans la tente à cause de l’humidité et du froid), et les paysages étaient parfois masqués par le brouillard.
Toutefois, nous ne regrettons pas cette randonnée malgré tous ces désagréments. Les paysages, lorsqu’ils n’étaient pas cachés par la brume étaient spectaculaires : monts verdoyants aux pentes très prononcées et aux formes torturées, forêts épaisses, lacs sombres, tunnels creusés dans la roche, et surtout de nombreuses ruines incas sur le chemin, aux noms qui transportent hors du temps (Llacpata, Wayllabamba, Runkurakay, Sayaqmarka,…). La plupart des sites que l’on voit sur le chemin étaient des sortes d’aires de repos de voyageurs et messagers leur permettant de se ravitailler (on peut admirer les restes de nombreux bâtiments de stockage).
Notre guide Simba, quechua, bon anglophone, était très intéressant, jamais avare d’informations, de détails sur la flore locale et sur l’histoire des sites incas. De plus, nous sommes contents d’avoir relevé ce défi physique, et ce, sans l’aide de pauvres porteurs péruviens en tongs, contrairement à de nombreux autres touristes (dont quasiment toutes les filles qui faisaient la randonnée). Nous étions un groupe de 10 personnes et avons rencontré des jeunes sympas, de différents horizons (Suisse, Brésil, USA, Turquie). Enfin, la logistique de la randonnée était très bien organisée : le campement était installé quand nous arrivions, les repas chauds, variés et assez bons ; et nous avions le droit à une infusion de coca tous les matins en nous réveillant, directement apportée à l’entrée de notre tente.
Le 4ème jour de cette expédition était son apogée : la visite du Machu Picchu. Mais admirer la plus célèbre des ruines incas se mérite. Nous étions à l’arrêt du bus qui dessert le site à 4h30 du matin pour être sûrs de faire partie des 400 premiers touristes à entrer dans le site. Cela permet d’obtenir un tampon spécial qui donne l’autorisation de grimper sur le mont qui fait face au site, le Wayna Picchu.
Lorsque nous avons découvert cette nouvelle merveille du monde, classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco, nous avons été impressionnés par :
- sa localisation (à 2400 m d’altitude, entourée de monts aux pentes vertigineuses et surplombant plusieurs vallées où serpente le grand fleuve Urubamba),
- son imposante architecture (grands blocs de pierres de granit blanches-grises, murs avec une surface plus importante à la base qu’au sommet – pour résister aux séismes),
- ses dimensions (172 constructions de 530m de long sur 200m de large),
qui lui confèrent un air de grandeur et de mystère.
Nous avons contemplé les dizaines de terrasses qui descendent sur le flanc de la montagne, pendant que notre guide nous racontait l’histoire du site.
Son nom vient de « machu » (« vieille » en quechua) et de « picchu » (« montagne »), mont près duquel le site a été construit par le grand empereur inca Pachacuteq, vers la moitié du 15ème siècle. Il y a de nombreuses spéculations sur le but et la fonction du Machu Picchu, d’autant plus que le site n’a jamais été mentionné directement par les conquistadors dans leurs chroniques. Il aurait été une des résidences de Pachacuteq. Les grandes constructions, la qualité du travail de la pierre, le caractère cérémonial de la principale voie d’accès et les nombreux temples démontreraient que le lieu fut (aussi) utilisé comme sanctuaire religieux.
Il devait avoir une population comprise entre 300 et 1000 habitants appartenant vraisemblablement à une élite. Le travail agricole était effectué par des paysans déplacés de force et issus de différentes régions conquises par l’empire. Par ailleurs, le Machu Picchu ne peut pas vraiment justifier le mythe de « cité perdue » qu’on lui attribue souvent. En effet, à l’époque, les vallées avoisinantes étaient très peuplées, contenaient de nombreux centres administratifs et des complexes agricoles avec des cultures en terrasses. De plus, le site était relié aux autres régions de l’Empire par un réseau de 8 grands chemins.
Le Machu Picchu a perdu de son importance à cause du désintérêt des empereurs successifs, de l’ouverture d’un chemin plus sûr et large entre deux grandes cités incas, Ollantaytambo et Vilcabamba, et surtout de l’arrivée des Espagnols. La résistance inca appela les nobles de la région à rejoindre la cour en exil à Vilcabamba. Peu à peu, la région s’est dépeuplée. Les Espagnols connaissaient le lieu mais rien n’indique qu’ils se rendaient compte de sa puissance passée. Le Machu Picchu est devenu un lieu à part, éloigné des nouvelles routes et axes économiques du Pérou.
Sa (re)découverte date de 1860 par un prospecteur de mines allemand, suivi par plusieurs historiens/archéologues. On considère cependant que c’est Bingham, de l’Université de Yale, qui l’a réellement redécouvert. Celui-ci effectuait des recherches sur la ville perdue de Vilcabamba, le dernier refuge des Incas, et pensa d’abord qu’il l’avait trouvée au Machu Picchu. Ce sont des paysans qui vivaient là et utilisaient encore les constructions pour se ravitailler en eau qui le conduisirent jusqu’à la zone urbaine en friche. Il fut très impressionné par ce qu’il vit et sollicita Yale et le gouvernement péruvien pour commencer rapidement l’étude scientifique du site. Son livre « Lost city of the Incas » a rendu le site célèbre dans le monde. Il a été le premier à reconnaître l’importance des ruines, à les étudier avec une équipe multidisciplinaire er à divulguer les résultats. Soit dit en passant, de nombreux objets issus du site ont été sortis du pays par les Américains, et le Pérou tente de les récupérer depuis des années… Normalement, l’Université de Yale devrait rendre sa collection au Pérou en 2011, pour le centenaire de la redécouverte du site.
Le Machu Picchu est divisé en 2 grands secteurs : la zone agricole, formée par un ensemble de terrasses de cultures, qui se trouve au sud, et la zone urbaine au nord. Les terrasses de cultures sont tels de grands escaliers sur le flanc de la montagne. Ce sont des constructions formées par un mur de pierre et un empilement de couches de matériaux divers qui facilite le drainage en évitant que l’eau puisse miner la structure. D’autres terrasses moins larges se trouvent dans la partie basse du Machu Picchu, tout autour de la cité : ce sont des murs de soutien.
La zone urbaine est celle dans laquelle vivaient ses occupants et où se déroulaient les principales activités civiles et religieuses. Elle comprend le quartier sacré, le quartier populaire et le quartier des nobles et ecclésiastiques. Deux axes découpent la ville. Le premier est matérialisé par une place large, construite sur des terrasses à plusieurs niveaux. Le deuxième est un large escalier qui fait office de rue principale, avec une série de fontaines. A l’intersection de ces deux axes se trouvent la résidence de l’empereur, le temple-observatoire et la plus grande des fontaines. La zone sacrée est principalement dédiée à Inti, le dieu soleil. C’est là que se trouvent le cadran solaire ou astronomique et le temple du soleil.
Nous nous sommes promenés entre les ruines, avons grimpé les nombreux escaliers pour avoir des points de vue différents sur le site et contempler ses multiples constructions. Les bâtiments ont très bien été restaurés. Certains toits de chaume, comme à l’époque, ont même été reconstruits. Insolite, une prairie au beau milieu du site, où broutent des lamas.
Après la visite, nous avons entamé l’ascension du Wayna Picchu (le mont en face du Machu Picchu), une heure de marche sur des escaliers très raides et glissants, mais ça valait vraiment le coup. Tout en haut, on arrive à d’autres ruines, sortes d’observatoire, avec des marches très étroites et raides (un peu comme celles des pyramides mayas). Depuis le sommet, la vue est exceptionnelle : à 360°, sur toutes les vallées alentours, sur le fleuve Urubamba, et bien entendu sur le Machu Picchu, dont on peut distinguer (avec un peu d’imagination) une forme de condor. Il y règne une vraie quiétude depuis ce sommet perdu, à tel point qu’il y a même des gens qui font du yoga, assis en tailleur.
Nous sommes redescendus jusqu’à Aguas Calientes et avons repris le chemin de Cuzco en empruntant le « train des Andes », très confortable, avec une vue panoramique (fenêtre au-dessus de nos têtes) sur les paysages magnifiques. Nous avons même eu le droit à un « défilé de mode » de l’hôtesse et du steward du train pour nous présenter des lainages en alpaga de grande qualité, vendus dans le train (ils défilaient véritablement entre les sièges, applaudis par les passagers !)
Les jours suivants, nous avons fait quelques excursions aux alentours de Cuzco, dans la « Vallée Sacrée », vallée très fertile traversée par le fleuve Urubamba, où les Incas avaient fondé plusieurs centres religieux et urbains. Ils y avaient aussi développé l’agriculture en utilisant d’ingénieux systèmes d’irrigation, en construisant des terrasses pour empêcher l’érosion et tirer avantage des pentes des montagnes. Nous avons notamment visité le site de Pisaq, avec sa forteresse inca et ses édifices bien conservés. On peut observer les bâtiments servant à stocker les récoltes, des fontaines, des canalisations, et des temples montrant qu’il s’agissait aussi d’un centre religieux (toujours en l’honneur du dieu-soleil). On trouve également, sur le flanc de la montagne opposée au site, l’un des plus grands cimetières pré-hispaniques du continent. On peut voir des centaines de trous dans la roche qui sont autant de tombes où les Incas étaient enterrés en position fœtale. Ces tombes ont été pillées par les conquistadors, qui pensaient y trouver de l’or ou de l’argent mais n’y ont pas trouvé grand-chose (quelques pots de terre) car les Incas enterrés là étaient de simples « citoyens » et non des nobles (enterrés dans des lieux prestigieux, comme le Machu Picchu).
Nous avons aussi assisté à une démonstration de la fabrication artisanale de tissus péruviens, à Chinchero. C’est un petit village typique avec une communauté indigène importante, où les femmes portent encore plusieurs couches de vêtements traditionnels très colorés. La laine (de lama, alpaga) est filée à la main avec un petit rouet. Puis elle est teinte avec des colorants naturels (par exemple, pour le violet, les femmes « utilisent » (écrasent) un petit insecte, la cochonille, qui vit dans les cactus) et sa couleur est fixée par un bain salé. La laine est enfin tissée sur des métiers en bois très simples, par des femmes assises à même le sol.
Julia est également allée explorer seule les sites de Moray et Moras, car Albin commençait à avoir de façon prononcée le mal des montagnes.
Moray est un complexe archéologique unique, formé d’un grand nombre de terrasses agricoles en cercles concentriques, entourées d’autres terrasses de forme elliptique. Chaque terrasse fait environ 2m de haut et il y a 150m de différence d’altitude entre la première terrasse et la surface agricole tout au fond. Il s’agirait d’un centre agricole expérimental au temps des Incas, où de nombreuses variétés de maïs et d’autres grains étaient améliorées, grâce aux micro-climats créés par ces cercles concentriques (en fonction des températures, du drainage de l’eau, de l’altitude et de l’exposition au soleil). Cela permettait de développer des graines de céréales de qualité, avec un niveau élevé de nutriments, pour les exporter ensuite dans des régions moins / peu fertiles.
Moras est en ensemble impressionnant de mines de sel, juste à côté de Moray. Les villageois ont chacun plusieurs parcelles (d’environ 1,5m x 2,5m). L’eau de source, tiède, qui coule dans cette gorge, est naturellement salée. Les villageois ont donc créé de nombreuses terrasses et bassins peu profonds pour recueillir cette eau. Ils attendent qu’elle s’évapore pour récupérer le sel, pour leur propre consommation ou pour la vente (18 pesos les 100kg, soit moins de 5 euros). C’est incroyable de voir ces milliers de parcelles dont la couleur varie du blanc au gris : un patchwork géant !
Nous avons également visité un peu plus la ville de Cuzco. Nous sommes allés voir le symbole de la cité, la statue de Pachacuteq, un peu à l’extérieur du centre, sur un rond-point entre de grandes avenues. Il s’agit d’une impressionnante œuvre en bronze de 12m de haut et de 17 tonnes, placée sur une tour en briques colorées, de 5 étages de haut. A chaque étage de la tour, on trouve des panneaux expliquant la vie de chacun des 12 empereurs incas et quelques objets d’art et reproductions miniatures d’événements folkloriques – et même un condor empaillé. Tout en haut, il y a une terrasse qui permet d’avoir une vue d’ensemble sur la ville (vraiment très étendue !). Nous avons également visité de nombreux musées qui étaient compris dans notre « bolleto turistico » (forfait valable 10 jours donnant un droit de visite dans 16 sites différents – dont les sites incas autour de Cuzco). Mais nous ne les décrivons pas : ils étaient globalement décevants car ils contenaient peu d’œuvres, d’objets et/ou étaient pauvres en explications (surtout en anglais).
Nous avons cherché des solutions pour quitter Cuzco dès que possible en raison du mal des montagnes d’Albin. Même si ses maux de tête avaient diminué, nous ne voulions pas prendre de risques en restant longtemps à une altitude élevée (ça peut s’avérer très dangereux). Nous avons abandonné l’idée de voir le lac Titicaca (à 3 800m d’altitude) et d’aller en Bolivie. Nous ne pouvions pas repartir par la route (par aucune route quittant Cuzco) car cela impliquait de passer forcément pas des cols à au moins 4500m d’altitude. Il nous fallait trouver un moyen de rejoindre l’Argentine, de traverser les Andes sans passer par des altitudes élevées. Un avion directement pour l’Argentine ou le Paraguay aurait été hors de prix.
Nous avons donc pris des billets d’avion pour Arequipa, à quelques centaines de km de Cuzco, vers le sud. Nous avons décidé de descendre tout au sud du Pérou, puis de traverser le Nord du Chili jusqu’à Santiago, et de là, de passer les Andes (col à 3 000m seulement). Une solution très longue mais économique, qui nous a permis d’avoir un petit aperçu du Chili.
Nous sommes donc arrivés à Arequipa le 5 février. Deuxième ville du Pérou (plus de 900 000 habitants), elle est surnommée « la cité blanche ». C’est une ville coloniale aux grands et beaux bâtiments construits en pierres volcaniques blanches très claires (sillar) qui brillent au soleil, et à l’architecture sophistiquée. Nous avons pu admirer son imposante cathédrale sur la grande Plaza del Armas, quelques églises coloniales, des couvents et des demeures bourgeoises. Ces dernières étaient ornées de belles fresques sculptées, de cours intérieures, de meubles et de décorations d’origine (18-19ème siècle).
Puis nous nous sommes rendus en bus à Tacna, dernière ville avant la frontière du Chili. Nous avons alors traversé des paysages désertiques, de plus en plus secs au fur et à mesure que nous approchions de la côte. C’est le début du désert de l’Atacama, un des plus arides du monde, qui borde la Côte Pacifique, du Pérou jusqu’au Chili, jusqu’au-dessus de Santiago. Tout n’est que sable à perte de vue, rochers nus : des paysages un peu « lunaires », un long chemin poussiéreux.
Tacna est une ville sans grand intérêt, hormis historique. C’est une ville « héroïque » : elle était occupée par le Chili après la guerre du Pacifique en 1880, mais ses habitants se sont révoltés et ont voté en 1929 pour appartenir à nouveau au Pérou. C’est une ville pleine de casinos et de vendeurs de jus de fruits frais car les Chiliens y viennent en masse passer leurs week-ends, mais nous avons du mal à comprendre pourquoi…
En effet, pas grand-chose à voir hormis la place des Armes avec ses palmiers et sa fontaine, sa grande arche commémorative et sa cathédrale, dessinée par Gustave Eiffel, où l’on trouve un vitrail avec le symbole franc-maçon de l’œil dans un triangle. D’ailleurs, en faisant quelques recherches, nous avons appris que de nombreuses personnalités liées aux différentes révolutions pour l’indépendance en Amérique du Sud étaient francs-maçons. Dans la suite de notre voyage, nous avons donc cherché ces symboles et en avons trouvé dans de nombreux édifices religieux, au Chili et en Argentine.
La suite de nos aventures, au Chili, dans un prochain billet…












