Le 3 décembre, nous avons eu le plaisir d’admirer Luang Prabang de jour, ville classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. Elle fut bâtie au confluant du Mékong et de la rivière Nam Kane. Située au milieu de vallées, son climat est frais et agréable. C’est une ville chargée d’histoire : elle fut la capitale du Laos jusqu’au 16ème siècle avant d’être supplantée par Vientiane. C’est aussi la ville la plus riche en monuments du Laos, avec peu de bâtiments modernes, une ville à taille humaine très préservée.
Nous avons d’abord cherché à avoir un aperçu de la ville, en grimpant en haut du mont Phoussi, petite colline au beau milieu de Luang Prabang. Depuis là haut, la vue, sur le Mékong d’un côté, la rivière Nam Kane de l’autre, les collines aux alentours et les principaux édifices de la ville, est splendide.
Ensuite nous sommes allés visiter le palais royal, beau bâtiment au sein d’un parc, dans lequel vécurent les rois laotiens pendant la colonisation française. Il contient une relique très précieuse pour les Laotiens : le bouddha d’or (50 kilos) d’où la ville tire son nom. A l’entrée du parc, il y a un très joli temple, très coloré (rouge, or, vert émeraude), avec de nombreuses sculptures et ciselages dorés : un des plus beaux temples que nous ayons vus ! Le palais est très bien conservé, c’est un des plus ouvragés du Laos, les meubles et objets d’apparat sont bien mis en valeur. Ce sont surtout les fresques murales qui sont impressionnantes : de magnifiques peintures qui représentent des scènes colorées de la vie villageoise laotienne aux différentes heures de la journée (salle de réception), mais aussi des mosaïques de verre sur fond rouge (salle du trône). Elles sont dignes des palais de marajahs indiens (armées de chevaux et d’éléphants, scènes de prières, etc.). Ce qui a aussi retenu notre attention, ce sont les cadeaux offerts aux souverains par les chefs d’État étrangers, notamment des fragments de pierres lunaires offerts par les Américains et qui proviendraient du premier voyage sur la Lune.
Nous avons ensuite visité le Vat Xieng Thong. Construit en 1560, il est richement décoré et encore en très bon état. Il est composé d’édifices en bois avec des pans de toits qui descendent presque jusqu’au sol (caractéristiques de l’architecture de Luang Prabang), de très belles mosaïques de verre (comme dans le palais royal) et des fresques au pochoir, dorées sur fond noir.
Pour finir, nous nous sommes promenés dans l’immense marché nocturne artisanal, plein de souvenirs en tous genres (tissus, sculptures de bois, alcools de riz, lampes en papier de riz, etc.) vendus par des artisans issus des petits villages alentours.
Le lendemain, nous avons fait une excursion dans les environs de Luang Prabang. Notre guide, Thone, Laotien anglophone, nous a un peu parlé des moeurs et coutumes au Laos, notamment des rapports hommes/femmes et du mariage (contrairement à l’Inde, c’est la famille de l’époux qui paie une sorte de dot). Il est issu de la minorité Kamu et a grandi dans un petit village où il y avait peu de travail. Il est donc parti à Luang Prabang, d’abord pour y être bonze novice, apprendre le bouddhisme (ses parents étant animistes), et finir ses études secondaires au monastère, puis pour trouver du travail. Il nous a expliqué les règles strictes qui régissent la vie monastique : par exemple, ne pas même effleurer une femme, ne pas prendre de repas après midi, etc.
Nous nous sommes promenés dans les chemins de terre entourés de bananiers sauvages, de rizières jaunies en escalier. Nous avons gravi des monts verdoyants mais malheureusement clairsemés par endroit, à cause de la déforestation pour les cultures et le bois de teck. En passant par un village hmong, nous avons visité l’école (vide car nous étions un samedi), avec, aux murs des classes, des slogans comme « aimer étudier, c’est aimer le Laos ».
Avant d’arriver au village kamu, où nous avons dormi, nous sommes passés dans un autre village hmong, assez précaire. Des enfants actionnaient une machine rudimentaire en bois (à levier) et en pierre (meule), servant à moudre les grains de maïs pour en faire de la farine. Une machine digne du Moyen Age !
Le village dans lequel nous avons dormi était plutôt animé : les cochons, les poules et les chiens se promenaient un peu partout, les enfants jouaient ça et là, et les femmes triaient ou séchaient le riz. Ils ont de drôles de tracteurs, constitués d’un moteur sur roues avec deux longs manches pour les diriger, comme une brouette ou une tondeuse à gazon. Ils y accrochent une charrette dans laquelle ils tiennent à 8 ou 10, en plus de leurs courses.
Nous avons passé le début de la soirée avec les fillettes du village à chantonner des airs de nos pays respectifs. Nous avons ensuite dîné avec notre famille d’accueil, plongeant nos mains, qui servaient de couverts, directement dans le riz gluant. Nous faisions de petites boules de riz que nous trempions dans les épices puis que nous utilisions pour attraper nos légumes. Pour finir, nous avons été invités à partager de l’alcool de riz artisanal chez les voisins pour fêter l’achat d’un nouveau tracteur. Ils étaient tous très enjoués, probablement aidés par l’alcool… (Ils ont même demandé à Albin de chanter, c’est dire…). Assis par terre autour de grandes jarres, avec une douzaine de Laotiens dans la même petite pièce, nous avons goûté cet alcool fait à partir de riz fermenté, grâce à de longues et fines pailles en plastique plongées au fond des jarres. Nous en avons bu juste une ou deux gorgées. Ce n’était pas mauvais, mais nous avons arrêté quand nous nous sommes aperçus qu’ils ajoutaient de l’eau (non purifiée, cela va de soi) à l’alcool. Le surlendemain, Albin était malade…
C’était une très belle expérience que de participer à cette soirée festive dans un petit village perdu, au milieu des Kamus, comme si nous faisions partie des leurs !
Le 5 décembre, nous sommes redescendus à pied, puis on nous a emmenés sur la rivière Nam Ou (pour info, Nam veut dire « rivière » en laotien) pour une descente en kayak 2 places (pratique quand l’un(e) veut se reposer…). Les paysages étaient magnifiques, notamment en raison des spectaculaires falaises de calcaire qui surplombent la rivière. Celle-ci se jette dans le Mékong à la hauteur des grottes de Pak Ou que nous avons visitées. On voit clairement la limite entre les deux cours d’eau, la verte Nam Ou d’un côté et le Mékong couleur boue de l’autre. Les grottes de Pak Ou sont creusées dans le calcaire et sont un lieu de pèlerinage avec de très nombreuses statuettes de Bouddha de toutes tailles.
Nous sommes repartis en kayak sur le Mékong (Albin ramait, Julia regardait…) et nous nous sommes arrêtés sur un banc de sable pour déjeuner près d’un groupe d’orpailleurs. Ceux-ci creusent la terre du rivage et la lave dans des battes en bois pour en extraire une fine poussière noire où scintillent quelques paillettes d’or. Pour la petite histoire, ils mettent ensuite du mercure dans cette poussière, ce qui dissout l’or. Puis le mercure est chauffé. En s’évaporant, il libère l’or qui est ensuite vendu aux bijoutiers de la ville. Pour finir, nous sommes arrivés en kayak à Ban Xan Hai, village spécialisé dans le lao-lao, boisson alcoolisée à base de riz, la plus populaire du pays. On nous en a expliqué la distillation (c’est le même procédé artisanal que pour l’eau-de-vie chez nous, avant l’interdiction des distilleries).
En conclusion, nous avons apprécié le Laos, pays très « nature », dans tous les sens du terme. Il est à la fois très vert, vallonné, propice aux promenades, au sport. Mais il est également très authentique, préservé, à la population discrète (parfois trop peu curieuse, ce qui a malheureusement limité nos interactions avec les Laotiens), paisible et qui prend le temps de vivre.



